mercredi 14 septembre 2011

POLOGNE SUR LA ROUTE DE KEPICE

En quittant Joseph et sa famille, là le coeur se serre en songeant que dans une heure je serais à Kepice (Képince pour PP). Sur la route la tension monte, je ne peux pas croire qu'au bout du chemin j'arriverais à la source de nos souvenirs. Les panneaus défilent et chaque nom rappelle le passé:


La poitrine serre à étouffer quand on quitte Slupsk (Sloupe pour PP) et qu'on attaque les 20 derniers Km au travers des forêts uniques qui entourent Kepice. Chaque petit village est un souvenir Darnowo, Barnowo etc...



La route dandine comme il y a cinquante ans et pas un chat à la ronde. Le GPS, qui m'a évité au moins 10 radars depuis Varsovie, me guide et me fait passer devant la gare de Kepice. Aucun souvenir. Rien dans la ville ne ressemble à mes souvenirs. Maintenant petite bourgade chatoyante je suis déçu de ne rien reconnaître. Arrivant devant la rue de Genek je laisse passer une petite voiture et l'homme me fait un signe pour dire merci. Je reconnais Genek qui est déjà reparti puis, se ravisant, sa voiture fait marche arrière et enfin nous nous voyons. L'émotion déborde, imaginez la sienne et la mienne bout à bout cela en dit long sur la chaleur qui nous étreint. Il doit aller régler encore quelques problèmes, nous dit de monter chez lui ou Stenia nous attend. Elle est calme à son habitude avec son petit sourire en sifflet qui cache, comme celui de son mari une bonté naturelle. Sa fille Cacha est venue de Poznan avec mari et BB. On donne à Mira une chambre, moi une autre et puis on verra plus tard qu'ils s'entasseront à 4 + le BB dans la salle à manger pour dormir. Aussi difficile à supporter que le souvenir du canard avalé chez tante Gertrude!
Genek de retour est tout en discours et ses gestes et mimiques nous font tout comprendre comme s'il parlait français, chinois, norvégien où Papou. Je vous passe les détails. Il nous livre le programme des deux jours, il a pris son vendredi pour être avec moi les trois jours.



   
 On renoue en dix minutes des liens distendus depuis disons 30 ans et avec l'aide de Mira je mesure combien les détails de ce qui est dit sont importants. En gros Gertrude, son mari, Gérard, sa femme, Sophie et mari Franek ainsi que Tadeusz sont morts. Ce dernier d'une crise cardiaque il y a quelques 5 ans dans sa 54e année ou quelque chose comme ça.
On ne tient pas en place, Genek veut me faire voir Kepice. On décolle et on croise le fils de Gérard qui retape sa maison pour l'heure par terre. Il est comme quand il était petit, visez plutôt:


D'un calme olympien je n'arriverais pas à lui faire décrocher un mot! 
On continue et on croise Roman sur son vélo. Choc. Il a 70 ans et est resté le même. Calme lui aussi. D'après Genek tous les Bronk sont des calmes. Quand je lui dit que Chaton ne l'aimait pas parce qu'il buvait Genek me dit que Roman ne boit jamais! Un scoop? Une erreur de jugement? Pourtant je me souviens bien l'avoir vu par le passé à côté de ses godasses... mais "on" paraît qu'il ne boît pas. J'en suis ébahi. Erreur de l'histoire de Chaton et son petit frère? Sûrement, et j'en suis triste.

Après une nuit sûrement épouvantable pour la chambre des 4 et demi ( le BB se réveille chaque 3ou 4h en braillant pour manger) on se retrouve au déjeuner. Nos hôtes ne sont même pas défaits et se conduisent comme si de rien n'était. On est avec Mira étonnés et c'est dans ces moments qu'on mesure combien on est nantis et combien on doit encore faire des efforts sur soi pour accueuillir les gens sans se plaindre. Bref, on attaque le thé, les girolles, saucissons... excuse-moi mon Sylvain!


Puis nous sommes allés à quelques 3 Km de Kepice, exactement à Warcino (Voïvodie de Poméranie pour les incultes) ou habitait Bismark jusqu'en 45 avant d'être fichu hors de ces territoires allemands devenus polonais. Pour la petite histoire, après guerre grand-père Francisek (sosie de Balou d'après  tout le monde) ne recevait à Koscierzyna que très peu de farine et pas assez pour continuer la boulange. On lui a dit que pour avoir autant de farine qu'il voulait il fallait qu'il vienne s'installer ou personne ne voulait aller dans ces territoires teutons annexés. C'est en 45 qu'il est venu à Kepice et qu'il a pu continuer a faire du pain recevant effectivement autant de farine qu'il voulait. Plus tard, il s'est fait viré de sa boulange car il n'avait aucun papier indiquant qu'il en était le propriétaire. 

Donc, pour Warcino, incroyable d'être passés à côté de ce lieu historique. Si le manoir n'est pas fantastique...


Il y a toujours le bureau de Bismark, ses cadeaux et autres machins teutons pas beaux. Dans le parc il y a des pierres tombales gravées du nom de ses chiens


 et autre ornement comme un bronze dédié à son cheval, retrouvé chez un paysan du coin qui s'en servait comme tapis d'écurie!


En tous cas, délires de Bismark prince et ministre-président... Sarko, Berlusco ou Miterrand n'ont rien inventé!

Le plus joli est dans le parc l'actuelle école forestière (je crois l'ancienne écurie refaite), où un jour nous pourrions séjourner si l'on allait tous ensemble voir la famille.


Genek connait tout cela comme sa poche et peut nous faire des réservations. Il a même son pass de guide qui lui ouvre toutes les portes. Il embrasse au manoir toutes les dames et salue généreusement tous les hommes que l'on croise. Quel phénomène!

Voilà pour l'heure et à bientôt pour la fête au village!



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